PIECES  DE  THEATRE  POUR  ENFANTS.

 
 
Raymond RICHARD

*

LE  CANARD  BLANC

Fantaisie Musicale
sur le thème de la célèbre chanson canadienne


LES  EDITIONS  DU  CEP
BEAUJOLAIS
VILLEFRANCHE  (Rhône)


 
     (NOTES DU WEBMESTRE : La vidéo Youtube suivante permettra de connaître l'air de la chanson. D'autres versions existent. Les paroles dans le texte ne correspondent pas tout à fait avec la mélodie. Le vers Tout le long de la rivière semble superflu...)
     On pourra visionner la vidéo de "Mon père m'a donné un étang", qui présente une autre version de la chanson.


PERSONNAGES
 
JEANNETTE, la bergère, 15 ans.
LES  PETITES  PAYSANES, fillettes de tous âges en nombre illimité.
LE  PRINCE, 20 ans.
LES  ÉCUYERS.
LES  3  DAMES  DE  LA  COUR.
LA  F
ÉE  DES  OISEAUX.

     Décor champêtre. Au fond, un sentier qui se perd dans la verdure. À droite, un petit mur derrière lequel est censée couler la rivière.
     Au lever du rideau, Jeannette, assise sur le mur, raconte une histoire à un groupe attentif de petites filles accroupies en rond autour d'elle.
     Toutes sont vêtues en paysannes : bonnet blanc, fichu aux teintes vives, jupons longs et amples, bas blancs et gros sabots. Ensemble coloré, plein de grâce et de fraîcheur.


 
SCÈNE  I

JEANNETTE, Les petites PAYSANNES


 
JEANNETTE (racontant). - J'avais huit ans lorsqu'on mon père le rapporta un jour du marché. Il était tout petit, blotti avec deux de ses frères au fond d'un grand panier.
     Quand on le tira de sa prison d'osier, je ne pus retenir un cri d'admiration. Tandis que les deux autres canetons étaient vêtus de bleu et de vert comme c'est la mode chez les canards, celui-ci était tout blanc, avec un amour de bec jaune et des yeux malins, malins, pareils à deux pépites d'or.

1ère FILLETTE. - Un canard blanc ? bah ! ce n'est pas si rare que cela !

JEANNETTE. - Sans doute, mais le mien était d'un blanc comme vous n'en avez jamais vu, un blanc éblouissant, surnaturel, dont l'éclat faisait presque mal aux yeux.

2ème FILLETTE. - Comme de la neige, alors !

JEANNETTE. - C'est cela, comme de la neige ! Ah ! mon joli canard blanc ! Je l'aimais tout de suite comme une folle et, aussitôt, je l'adoptai.


3ème FILLETTE. - Et comment l'as-tu appelé ?

JEANNETTE. - Ah ! çà, j'ai été bien embarrassée pour lui trouver un nom digne de son plumage. Après avoir cherché, cherché, je me décidai enfin à le baptiser Blanchet, tout bêtement.

LES  FILLETTES.
(riant) - Blanchet ! ah ! ah ! Blanchet ! Comme c'est drôle !

1ère  PETITE  FILLE. - Et qu'en as-tu fait ?

JEANNETTE. - J'aurais bien voulu le garder à la maison pour jouer avec lui, le faire trotter sur la table ou le coucher dans le berceau de ma poupée, mais vous savez que les canards adorent l'eau
(malicieuse) à la différence de certaines petites filles que je connais et qui poussent des hurlements quand on veut les débarbouiller.

LES  FILLETTES.
(riant, sauf une qui baisse la tête). - Attrape, Françoise !

JEANNETTE. - Or, Blanchet, malgré son précieux plumage, ne faisait pas exception à la règle. Je l'emportai donc jusqu'à cet étang. Ah ! ce premier bain ! je m'en souviens comme si c'était hier. Le soleil riait dans les saules, le vent dansait sur l'eau, un vent doux et léger comme celui de la chanson... Vous vous rappelez :
(Elle fredonne gaiement).
          C'est l' bon vent, c'est l' joli vent !
          C'est l' bon vent qu' ma mie appelle...

TOUTES.
(chantant) -
          C'est l' bon vent, c'est l' joli vent !
          C'est l' bon vent qu' ma mie attend !

JEANNETTE.
(seule) -
          Derrièr' chez nous, y'a un étang

TOUTES.
(reprenant) -


          Derrièr' chez nous, y'a un étang

JEANNETTE. -
          Où les canards s'en vont nageant
          Tout le long de la rivière.

TOUTES. -
          C'est l' bon vent, c'est l' joli vent...
                                                          etc...

2ème FILLETTE. - Et que devint Blanchet ?

JEANNETTE. - Blanchet s'accoutuma très vite au vieil étang où il allait chaque jour en se dandinant tremper sa robe de lis. Mais les mois, les années passaient et le mignon caneton était devenu un superbe canard gras et dodu à souhait. Ce qui devait arriver arriva. Un jour, mon père décida de le tuer !

TOUTES.
(indignées) - Oh ! tuer Blanchet ! Mais pourquoi ?

JEANNETTE.
(riant) - Dame ! pour le manger ! Croyez-vous que mon père l'avait acheté pour lui faire des rentes et le laisser périr de vieillesse ? Nous ne sommes pas riches, vous le savez, et nous avions besoin de Blanchet pour améliorer nos maigres repas.

3ème FILLETTE. - Quelle horreur !

1ère FILLETTE. - Comment, Jeannette, tu as laissé commettre ce crime abominable ?

JEANNETTE.
(souriant) - Mais non, mes petites. J'ai protesté, crié, trépigné et, devant mon chagrin que rien ne pouvait consoler, mon père qui, au fond, était un brave homme, fit grâce à Blanchet.

TOUTES.
(criant) - Bravo ! bravo !

2ème FILLETTE. - Oh ! que je suis contente !

3ème FILLETTE. - Jeannette, ton papa est un chic type !

1ère FILLETTE. - Et qu'est devenu Blanchet ? Tu nous en parles toujours au passé. Serait-il mort de vieillesse ?

JEANNETTE. - Mort ? Vous n'y songez pas ? Non, mes chéries, le merveilleux canard vit toujours, protégé par la sympathie de tous les habitants du hameau qui ont fini par le considérer comme un fétiche, une sorte de porte-bonheur. (
Désignant l'étang) Tenez ! regardez-le nager parmi les joncs avec son frère, le canard noir. Ils sont inséparables tous les deux !

     (Toutes les fillettes courent et se penchent sur le parapet).

TOUTES. (émerveillées) - Qu'il est joli !

2ème FILLETTE. - Comme il est blanc !

3ème FILLETTE. - Il paraît plus blanc encore à côté du noir !

1ère FILLETTE. - C'est peut-être pour mettre en valeur son éclatant plumage qu'il ne le quitte jamais (
Rires).

2ème FILLETTE. - Oh ! voyez ! ils se dirigent tous deux vers la rivière qui alimente l'étang !

3ème FILLETTE. - Ils s'éloignent, ils disparaissent sous les saules.

1ère FILLETTE. - Quel dommage, on ne les voit plus !

2ème FILLETTE. - Dis-moi, Jeannette, n'as-tu pas peur qu'un jour il se perde et ne revienne pas ?

JEANNETTE. - Ne craignez rien ! Blanchet ne va jamais bien loin. Il remonte la rivière avec Noiraud jusqu'au moulin et, tous deux, se laissent ensuite glisser au fil de l'eau jusqu'à l'étang. C'est leur passe-temps favori.

3ème FILLETTE. - Mais, les chiens !

JEANNETTE. - Il n'y en a pas dans les environs. D'ailleurs, un canard sait voler et s'échapperait sans peine.

1ère FILLETTE. - Et les chasseurs ?

JEANNETTE. - Il n'en passe jamais par ici.


     (Une détonation éclate au loin. Toutes sursautent.).

2ème FILLETTE. -Avez-vous entendu ?

TOUTES. - Qu'est-ce que ça peut bien être ?

3ème FILLETTE. - C'est sans doute le tonnerre ?

JEANNETTE. - Mais non, le tonnerre ne fait pas ce bruit-là. D'ailleurs, regardez, le ciel est bleu. Le soleil brille. Non, non, ce n'est pas l'orage !


     (Seconde détonation lointaine. Nouvel émoi).

TOUTES. (se serrant les unes contre les autres). - Oh ! mon Dieu, écoutez ! Cela recommence.

1ère FILLETTE. - On dirait des coups de fusil !

2ème FILLETTE. - Et Jeannette qui prétend qu'il ne passe jamais de chasseurs dans le voisinage !


     (Abois de chiens. Fanfares de chasse).

3ème FILLETTE. - Tenez ! on entend aboyer des chiens et sonner des cors. Pas de doute, c'est la chasse d'un grand seigneur qui passe !

JEANNETTE.
(inquiète) - Et Blanchet, Blanchet qui n'est pas rentré ! Pourvu qu'il ne lui soit pas arrivé malheur ! (Elle court au pont, se penche sur l'eau et appelle). Blanchet ! Blanchet !... L'étang est vide et je ne vois rien, non plus sur la rivière.

1ère FILLETTE. - Il faut aller voir et le ramener au bercail !

TOUTES. - C'est cela ! Courons, courons vite !


     (Toutes sortent en courant par le fond, tandis que le choeur chante en coulisse).

LE  CHŒUR. -
          Le fils du roi s'en va chassant
(bis)
          Visa le noir, tua le blanc...

     (Sur ce fond sonore, le son des cors et des abois se rapproche et, tout près, éclate un coup de feu que saluent des cris de victoire : "Touché ! touché ! bravo ! bravo !" Quelques secondes après, le Prince paraît à gauche suivi de sa cour : écuyers, pages, grandes dames, etc. Il tient à la main un canard blanc inanimé).


 
SCENE  II

LE  PRINCE et toute sa suite

1er ÉCUYER. - Ah ! Prince, pour un beau coup de fusil, c'est un beau coup de fusil !

2ème
ÉCUYER. - Voyez ce plumage ! Je n'en ai jamais vu d'aussi éclatant !

1ère DAME. - C'est vrai, ce canard est superbe !

2ème DAME. - Ne dirait-on pas un cygne ?

3ème DAME. - Vraiment, Prince, vous savez choisir votre gibier !

LE  PRINCE.
(riant) - Ce n'est pourtant pas lui que je visais, mais le canard noir qui l'accompagnait. Ils se touchaient de si près que le coup a manqué son véritable but.

TOUS.
(riant) - Vraiment ? Comme cela est amusant !

1er
ÉCUYER. - On pourrait en faire une histoire !

2ème
ÉCUYER. - Ou une chanson !

LE  CHŒUR. -
          Le fils du roi s'en va chassant (
bis)
          Visa le noir, tua le blanc !
          Tout le long de la rivière.
          C'est l' bon vent, c'est l' joli vent...
                                                          etc...

LE  PRINCE. - Mais, j'y pense ! Cet animal n'est pas un canard sauvage. Il appartient sans doute à quelque brave paysan. Hola ! vous autres, essayez de découvrir son propriétaire et dédommagez-le largement de la perte que je lui ai fait subir !

1ère DAME. - Inutile de courir, Prince ! Voyez venir là-bas cette bande de petites paysanes. Elles sauront bien nous renseigner !


     (Jeannette et les fillettes paraissent au fond, tout essoufflées, le visage inquiet. Aussitôt, la bergère aperçoit son cher canard dans les mains du Prince. Elle se précipite vers lui en criant).
 



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