LA FÉE.
Mes amis sont plus beaux
Que les brillants rayons du soleil qui caresse
Ces grands bois. Et leur cœur est chargé de tendresse.
Joyeux ? non, pas toujours... Sous ces sombres rameaux,
Leurs larmes, quelquefois, succèdent à leurs rires.
Mais leur gaîté revient, et les moindres bonheurs
Les mettent tout à coup dans de charmants délires :
Une simple corolle, aux magiques splendeurs,
Un ruisseau qui murmure, un oiseau qui gazouille,
Raniment leurs chansons et leurs rires vainqueurs.
Leur âme de cristal, que jamais rien ne souille,
Jette de tous côtés ses candides lueurs.
JOSETTE, avec enthousiasme.
Oh ! Madame la fée... oh ! vos amis charmants,
Nous aimerions beaucoup les voir et les connaître :
Ils vont venir peut-être ?
FRANÇOIS, même jeu.
Les voir ! les voir, au moins quelques instants !..
LA FÉE, avec une certaine hésitation.
Mes amis sont un peu sauvages, par nature.
Leur âme est fraîche et pure,
Toujours ils sont mignons et remplis de douceur,
Mais un rien leur fait peur.
Un souffle : c’est assez pour qu’ils prennent la fuite,
Et leur troupe, des bois gagnant la profondeur,
Va se cacher bien vite.
FRANÇOIS, implorant.
S’ils venaient avec nous ?...
JOSETTE, même jeu.
Nous les aimerions tant...
LA FÉE.
Eh bien, allons, je veux vous satisfaire,
Et tout le monde, ici, sera bientôt content.
(Elle leur présente le beau livre, à la reliure enluminée, qu’elle tient dans sa main).
Voyez ce livre : il recouvre un mystère,
Et c'est un talisman que je mets en vos mains.
D’un étrange pouvoir, ces feuillets sont tout pleins :
Lisez, et vous verrez, par un trait de magie,
Se lever devant vous un monde merveilleux.
Vous en aurez l'âme ravie,
Car mes amis, si beaux et si nombreux,
Vont paraître à vos yeux.
(Josette au Français prennent le livre que leur offre la fée. Puis, celle-ci sort). SCÈNE VI
JOSETTE, FRANÇOIS, puis LE PETIT CHAPERON.
(Josette et François vont s’asseoir sur la souche ou sur le tronc d’arbre, disposés à cet effet, ou simplement s'accroupir par terre, sur le devant de la scène, et ils tiennent ouvert sur leurs genoux le livre qu’ils viennent de recevoir).
FRANÇOIS, à Josette.
Lisons tous deux.
JOSETIE, se penchant sur le livre.
Lisons à cette page.
FRANÇOIS.
Lisons. Lisons à haute voix.
JOSETTE, lisant tout haut.
« Il était une fois… »
FRANÇOIS, même jeu.
» Il était une fois
» Une petite fille, en un petit village... »
JOSETTE, poursuivant.
« La plus belle elle était de tout le voisinage... »
(Un silence).
JOSETTE, levant les yeux.
Ah, la plus belle !... Il me semble la voir…
(Autre silence. Puis, François reprend la lecture).
FRANÇOIS, lisant.
« Le loup la rencontra dans le grand bois, tout noir...»
(Nouveau silence. Puis, François redresse la tête, et ses yeux se portent au loin, dans la coulisse).
FRANÇOIS, se levant et montrant quelqu’un, dans la coulisse.
Mais, la voici !… Cheminant sous l'ombrage,
Le Petit Chaperon, son panier à la main...
(Le Petit Chaperon entre à pas légers, par le fond de la scène).
JOSETTE, se levant à son tour.
Le Petit Chaperon, oh ! rien n'est plus certain :
Elle en a le costume ainsi que le visage...
LE PETIT CHAPERON, souriante, son petit panier à la main, et s'approchant de Josette et de François, à qui elle fait la révérence.
Moi, Petit Chaperon !
Petit Chaperon Rouge, eh ! oui, c'est bien mon nom...
(Montrant son panier).
Et j’ai mon pot de beurre et ma bonne galette,
Dans mon petit panier.
Je m’en vais, gentille et coquette,
En suivant le sentier,
Porter ces beaux cadeaux à ma bonne grand-mère,
Qui m’attend, seule en sa pauvre chaumière.
FRANÇOIS, en rendant sa révérence au Petit Chaperon, de même que Josette.
Le Petit Chaperon... Heureux événement,
Qui nous plonge tous deux dans le ravissement !
(Ils restent quelques instants en admiration devant le Chaperon Rouge).
SCÈNE VII
LES MÊMES,
puis LE CHAT BOTTÉ et le MARQUIS DE CARABAS.
(Josette et François se rassoient et se remettent à lire, tandis que le Petit Chaperon, dans le fond de la scène, cueille des fleurs).
FRANÇOIS, lisant.
« Un meunier à son fils laissa pour héritage,
Son vieux moulin, son âne et son chat... Tristement,
Le chat au fils cadet échut seul en partage ;
Mais ce chat était un malin
Qui forgea pour son maître un éclatant destin.. .»
LE CHAT BOTTÉ, entrant à son tour, avec le marquis de Carabas.
(Josette et Français se lèvent. Nouvelles révérences).
C’est moi qui suis le Chat !
Oui, le Chat en personne,
Et je m’en vais courant,
Avec mon pied dans ma botte qui sonne.
(Désignant du geste le marquis de Carabas).
Mon maître est avec moi. Saluez-le bien bas :
C’est le marquis de Carabas !
JOSETTE, avec un sourire et une belle révérence.
Saluons !...
FRANÇOIS, saluant aussi, puis regardant de nouveau dans la coulisse.
Saluons !… Mais qui donc vient encore ?
SCÈNE VIII
LES MÊMES,
LE PETIT POUCET ET SES SIX FRÈRES,
LA BELLE AU BOIS DORMANT ET LE PRINCE CHARMANT,
CENDRILLON ET LE FILS DU ROI.
LE PETIT POUCET, suivi de ses six frères.
Moi, le Petit Poucet !... Mes frères, les voici !
Combien fut cruel mon souci,
Dans la forêt où l’Ogre, en son château, dévore
Tous les petits enfants
Qui tombent sous ses dents.
(Se redressant avec fierté).
Mais, moi, je l’ai tué...
FRANÇOIS, au Petit Poucet, avec enthousiasme, et battant des mains.
Bravo !
JOSETTE, même jeu.
Mes compliments !
Tu veux que je t’embrasse ?
(Elle l‘embrasse. Pendant ce temps, la Belle au Bois Dormant fait son entrée, avec le Prince Charmant. Révérences).
LA BELLE AU BOIS DORMANT.
Je suis la Belle au Bois, et j’ai dormi cent ans :
Cent ans dans l'ombre et le silence !
Mais cent ans, dans mon cœur, j’ai gardé l’espérance,
Et le Prince Charmant, me prenant par la main,
Tout brûlant de tendresse,
À mon Sommeil est venu mettre fin.
FRANÇOIS, avec élan.
Honneur à toi, Princesse !
JOSETTE, même jeu.
Honneur au Prince ! Honneur !...
(Cendrillon et le Fils du Roi entrent à leur tour. Révérences).
CENDRILLON.
Moi, je suis Cendrillon
De mes deux sœurs, redoutant la colère,
Je m’ennuyais à la maison ;
Mais, dans mes pantoufles de verre,
J’ai dansé, rayonnante, avec le Fils du Roi.
Aussi le Fils du Roi, que j‘amène avec moi,
Va, pour la vie entière,
Devenir mon époux.
JOSETTE, avec chaleur, à Cendrillon.
Vivat !... Tu seras notre Reine !
FRANÇOIS, même jeu, en s’inclinant avec cérémonie.
Et nous, nous serons, nous,
Tes fidèles sujets, aimable souveraine !...
LE FILS DU ROI, très joyeusement.
Oh ! l’heureuse rencontre !... À tous, notre âme est pleine
De joie et de bonheur !
En cet endroit propice,
Il faut avec délice,
Il faut avec ardeur,
Fêter ce jour, témoin de notre ivresse.
LE PRINCE CHARMANT, même jeu.
Oui, dansons et chantons... Et vive l'allégresse !...
SCÈNE IX
LES MÊMES
(Tous les acteurs, se prenant par la main, se mettent à chanter, en formant la ronde, les premiers couplets d’un chant qu’on reprendra plus loin, Scène X).

1er COUPLET
Sans fin, déroulons notre ronde !
Que vibrent nos accents,
Et lançons à travers le monde,
Nos rires et nos chants ! (bis)
2e COUPLET
Nous sommes les enfants du rêve,
Rayonnant de beauté...
(La fée réapparaît. Les chants et les danses sont brusquement interrompus. On s’écarte autour d’elle).
SCÈNE X
LES MÊMES, LA FÉE.
(La fée s’avance jusqu’au milieu de la scène, avec sa baguette d'or à la main. Elle se place auprès de François et de Josette qu’entourent les personnages des Contes).
FRANÇOIS, à Josette, en désignant, du geste, la fée et les autres personnages des Contes, rassemblés autour d’eux.
La fée... et ses amis !... Ce monde merveilleux,
Que nous cherchions et qu’appelaient nos vœux,
Le voilà !...
JOSETTE, battant des mains.
Le voilà !...
FRANÇOIS, avec le livre à la main.
Tel un essaim joyeux,
De ces feuillets, ils sont sortis en foule !
JOSETTE.
Ils s’en sont échappés, comme un flot qui s’écoule,
Et tous, avec nous, les voici !
FRANÇOIS à la Fée, en s’inclinant devant elle.
Bonne fée, oh, merci !
JOSETTE, même jeu.
Oh, merci, bonne fée !